Accès au réseau: Schloter veut le beurre et l’argent du beurre!
Publié par p@scal dans FTTH
Swisscom doit se battre sur tous les fronts: protéger son monopole sur le dernier kilomètre cuivre d’abord et garantir son avenir sur le réseau fibre optique du futur ensuite.
Pour le cuivre l’objectif du géant bleu est clairement de garder en place la méthode de calcul actuelle (LRIC) qui prend en compte pour calculer le prix de location du dernier kilomètre ce que coûterait aujourd’hui la construction d’un réseau identique. De cette façon, les investissements nécessaires pour le développement du FTTH sont garantis.
Pour la fibre optique justement, l’objectif de Swisscom est fondamentalement opposé. Afin d’échapper à tout contrôle de l’Etat et du régulateur sur le réseau, Carsten Schloter veut la concurrence totale, y compris sur les infrastructures (la fibre en elle-même). Par conséquent, il s’oppose farouchement à la modification de la LTC afin qu’elle concerne non seulement le cuivre mais toutes les technologies et par conséquent la fibre optique.
Prôner d’un côté la concurrence totale sur la fibre et de l’autre exiger des prix élevés sur les services dont les prix sont régulés est totalement inacceptable pour le consommateur pour plusieurs raisons.
Solidarité ville-campagne
Le but du service universel est de garantir à la totalité des habitants de ce pays de bénéficier des mêmes services au même prix. Le réseau cuivre a été construit sur cette base, les prix régulés ont permis d’offrir non seulement le téléphone mais aussi l’ADSL (min. 600 Kb/s) à tout le monde. Pour continuer dans la logique des fondateurs des PTT, la fibre optique devrait maintenant être déployée dans les villes à un prix régulé permettant d’étendre ensuite ce réseau le plus largement possible. Malheureusement, Swisscom fait aujourd’hui exactement le contraire et veut garder des prix régulés élevés sur le cuivre pour pouvoir assurer ses investissements dans un marché FTTH totalement ouvert. C’est donc les clients cuivre qui paient la construction du réseau FTTH. Comme le réseau FTTH n’est pas régulé il faut adapter ses prix à ceux du marché, c’est pour cette raison que par exemple un client Swisscom FTTH à Zurich paiera pour la même offre triple-play 12 francs moins cher que pour les mêmes services sur le cuivre!
En dehors du fait que la campagne sponsorise la ville, il n’y a pas besoin d’être devin pour savoir que les prix pratiqués dans les grandes villes où la guerre fera rage entre plusieurs acteurs ne permettront pas de construire le réseau dans les zones moins denses et donc moins rentables. Par conséquent, non seulement les habitants des zones hors des grandes villes paieront le réseau FTTH des citadins mais lorsqu’ils voudront également la fibre chez eux ils devront cette fois entièrement payer la facture sans l’aide de ceux à qui ils ont offert sur un plateau un magnifique réseau FTTH!
Concurrence faussée!
Il y a un autre point qui fait que le double langage de Swisscom est inacceptable. Carsten Schloter peut bien prôner la concurrence totale mais il sera le seul à recevoir de l’argent grâce au monopole sur le cuivre. Tous les autres acteurs devront eux investir réellement. Dans ces conditions, la concurrence sur les infrastructures sera de toute façon faussée déjà au départ.
Quelles solutions?
Utiliser l’argent des services régulés pour constuire un réseau totalement ouvert dont l’Etat n’a aucun contrôle est une énorme arnaque pour le consommateur.
Par conséquent, les politiciens et le régulateur vont devoir choisir. Soit la méthode de calcul de location du réseau cuivre est modifiée afin que le consommateur paie l’accès à ce réseau au juste prix et un réseau FTTH entièrement ouvert peut être mis en place. Soit la LTC est modifiée afin que la fibre optique soit inscrite dans le service universel de façon à garantir que les habitants des petites villes et des campagnes puissent eux aussi bénéficier un jour de l’accès au FTTH au même prix que les autres.
Parce qu’aujourd’hui ce que Carsten Schloter veut c’est le beurre et l’argent du beurre! Et cela sur le dos des consommateurs.
© pascal martin (c)
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Très bon article.
Il est clair qu’inscrire le FTTH dans le service universel est un acte « politique » volontariste, logique et évident mais coûteux qui a peu de chance de se réaliser à court terme.
Je suis de ceux qui prônent la « relance » par un investissement massif dans les infrastructures. Autant construire la 3ème voie, Swissmetro sont des investissements irréalisables à court terme, autant le déloyement de fibre optique est une mesure de relance réalisable à court terme.